Ben Berden : un destin à fleur de peau

La vie du cyclo-crossman belge a basculé un jour de décembre 2004 lors d’un contrôle positif à l’EPO synonyme de deux ans de suspension et de 60,000 € d’amende. Comme pour ne pas jamais oublier l’étrangeté d’un destin qu’il a désormais totalement accepté, celui qui s’est reconstruit aux Etats-Unis, dans le Colorado, s’est fait tatouer les multiples épisodes de son existence singulière sur un corps devenu une sorte de parchemin.

La cuillère tourne nerveusement dans une tasse de café où le sucre est pourtant dissous depuis de longues minutes. Le regard parfois fuyant, Ben Berden se livre avec une retenue que ne laisse pourtant aucunement deviner l’exubérance de son look. Qu’importe. Quand le Flamand ne trouve pas les mots, c’est son corps qui se charge de parler pour lui.

Contrôlé positif fin 2004, la vie d’un des ténors du cyclo-cross mondial s’est écroulée un jour de décembre. Deux ans de suspensions et une amende de 60,000€ : la sanction est lourde. « Financièrement, je me suis retrouvé à terre, souffle Berden. Cette affaire m’a également coûté mon mariage. Des pensées suicidaires m’ont traversé l’esprit, mais mon amour pour la vie et celui de mes deux fils a heureusement pris le dessus. Aujourd’hui j’ai définitivement accepté mon erreur et sais qu’il me faudra composer avec celle-ci pour le reste de mes jours. Tel est mon destin… »

Un destin qu’il a choisi d’écrire sur un corps où les tatouages s’assimilent à autant de chapitres de sa vie. Au sommet du bras gauche de Berden, une gigantesque bouteille affiche un drôle de millésime : EPO Fuel (traduisez par carburant EPO). « Je suis conscient du rôle qu’a joué cette substance dans mes résultats. Je n’étais sans doute pas le plus grand talent de ma génération, mais grâce à ce produit je roulais trente secondes plus vite au tour… »

Sur la poitrine du coureur de 39 ans, un avion aux contours psychédélique semble s’écraser. « Il porte une banderole renseignant le jour de mon contrôle positif. Dans cette sortie de route, j’ai perdu beaucoup de choses mais aussi pris conscience des véritables priorités qui doivent diriger une existence. Avoir une belle maison, rouler dans un bolide : tout cela est bien futile et ne rend pas nécessairement heureux. L’essentiel est vraiment ailleurs… »

Comme dans l’amour inaltérable que lui ont toujours porté ses parents. « Je me suis donc fait tatouer leur portait sur la cuisse. L’artiste s’est inspiré d’une de leurs photos de mariage. Ils ont toujours été là pour moi, et ne m’ont jamais tourné le dos dans les moments difficiles. Lorsque je me suis retrouvé ruiné, ils m’ont offert le couvert trois fois par jour sans jamais rien demander en retour. » Le même sentiment uni le Limbouregois à ses deux enfants. « Leurs prénoms ornent mes bras. Je vis aux Etats-Unis, où je me suis relancé sur le circuit des cross, depuis trois ans mais l’éloignement est vraiment pesant. Je reviens donc cinq à six fois par an en Belgique pour les revoir. J’ai rencontré une nouvelle compagne, Nicole, à Boulder dans le Colorado. Elle est cycliste pro elle aussi. Nous vivons tous les deux de notre passion sans luxe mais avec la chance de faire ce que nous aimons le plus. Je porte deux fleurs sur la cheville. Une est dédiée à mon ex-épouse et la seconde à Nicole. Ce sont les deux femmes de ma vie. Le reste de mes tatouages n’a pas de signification précise : je laisse carte blanche au tatoueur qui connaît mon style. Au total, je pense avoir passé 90 heures entre ses mains. Et certaines ont été très douloureuses… »

Quentin Finné